Archives de l’auteur : Xavier Cardinaux

A propos Xavier Cardinaux

Artiste plasticien: peinture, vidéo, infographie 2&3D. Vit et travaille à Genève.

Texte de Mme Nicole Kunz, exposition: « Vibration végétale » 2014, galerie: La Ferme de la Chapelle.

Simples surfaces en apparence où s’enchevêtrent des éléments en suspension, les peintures de Xavier Cardinaux révèlent lentement au regard des profondeurs hypnotiques, proches de paysages célestes ou sous-marins. De ce magma primordial et tourbillonnant prennent forme des univers, dont l’origine végétale demeure dans les silhouettes de fleurs et de feuilles. Ces peintures oscillent continuellement entre reflet du réel et vortex abstrait qui capture l’attention du spectateur pour le projeter littéralement dans des méandres de matières sensuelles et onctueuses. Même lorsque le jardin apparaît de manière plus évidente, arbres et bocages se perdent très vite dans un langage purement pictural, fait de taches colorées, juxtaposées et superposées dont les contours incertains se fondent dans l’imprécision du geste que l’on sent presque inconscient, conférant fraîcheur et spontanéité à l’ensemble. Cette liberté de la main semble plus évidente dans les petits formats où, en quelques touches, naissent les contours d’arbres fantomatiques, ainsi que dans les compositions plus récentes où l’artiste réussit à disposer les taches de couleur en restant à la limite du chaos. On y sent le reflet des entrelacs des «Pluies de fleurs célestes», nom donné à une série où d’étranges et inquiétantes floraisons viennent envahir la surface de la toile par des lignes sinueuses qui créent un rythme ondoyant presque mystique. La poésie est omniprésente dans les oeuvres de Xavier Cardinaux, ne serait-ce que par la tonalité d’ensemble donnée par une dominante chromatique que l’artiste exalte en lui apposant ses contraires, comme le ferait le poète avec des mots choisis pour leur qualité sonore. La parole est importante pour l’artiste, comme l’attestent les titres dont il souligne la majorité de ses oeuvres. Concentrées sur une surface clairement délimitée, ces compositions de petite dimension constituent des univers en miniature, qui apparaissent comme le germe de la peinture monumentale à venir, sans que cela ne leur ôte leur autonomie d’oeuvre à part entière. Comme dans la nature, les différentes réalisations de l’artiste sont reconnaissables par un lien presque organique qui les réunit, telles les facettes changeantes par l’effet des saisons sur un même paysage.

Catalogue_expo_ ferme_de_la_chapelle_20140906

Nicole Kunz
2014

A l’occasion de l’exposition: « Vibration végétale » du 6 septembre au 5 octobre 2014 à la galerie: La Ferme de la Chapelle.

39, route de la Chapelle, 1212 Grand-lancy
004122 342 94 38

 Expo_FC_201409_3621_r

Texte de Mme. Françoise-Hélène Brou, exposition, 2011, galerie: Halle Nord, Genève.

Xavier Cardinaux : seconde nature

Les œuvres de Xavier Cardinaux évoquent un univers végétal et floral de jardins, parcs et sous-bois, qui n’aurait pas déplu aux paysagistes du Quattrocento, ni à un Monet, un Cézanne ou un Matisse.

Cette énigmatique relation entre la nature et l’artiste, ravivée par plusieurs mouvements du 20ème siècle dont l’Arte Povera et le Land Art, demeure, encore aujourd’hui, l’un des principaux terrains d’expérimentations en matière d’art contemporain. Pour Xavier Cardinaux, la nature est depuis longtemps emblématique de son travail pictural car, plus que d’autres, ce thème évoquant le cycle de la vie cristallise toutes les difficultés de l’être, le redoutable face à face du sujet avec la matérialité terrestre.

« Autrefois, j’avais le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire. Fini, maintenant J’INTERVIENDRAI », écrit Henri Michaux (Mes Propriétés, 1929). Cette pensée montre que l’art actuel, vise davantage à transformer le réel en une expérience intérieure, processus à travers lequel la peinture se vit comme une aventure, un engagement. A cet égard, le style de Xavier Cardinaux adopte un langage à mi-chemin entre figuration et abstraction ainsi que des techniques classiques, comme l’huile sur toile, les encres, la mine de plomb ou l’aquarelle, tout en introduisant dans certains travaux des technologies modernes, notamment l’informatique. C’est que l’artiste aime conférer une certaine dose d’instabilité dans l’ordre artistique et pictural, une idée qu’il résume en disant : « l’harmonie est un moment privilégié du chaos ». Aussi sa peinture, souvent des grands formats diptyques ou triptyques, offre-t-elle des compositions dans lesquelles les motifs de la graphie naturaliste semblent immergés dans des masses colorées épaisses, comme emportés par une sorte de vague chromatique, ce qui confère à l’ensemble un mouvement aléatoire et vibratoire.

Par un cadrage très rapproché, Xavier Cardinaux construit des séquences paysagères où figurent arbres, branches, feuilles, fleurs, légumes ou petit être protozoaires, évoluant en symbiose avec les éléments eau, terre, air. Ces territoires évoquent des espaces de jardins, des forêts primitives, des fonds marins, autant de lieux à la fois édéniques et génésiques, mais dont la signification n’obéit pas à une logique narrative. C’est en effet sur le mode du symbole visuel ou de la métaphore plastique que l’artiste nous plonge dans la sensibilité du monde vivant. Que ce soient les textures épaisses, les brossages et grattages, la profondeur des couleurs, le dynamisme du trait, l’explosion des taches et coulures, les luminosités vives et sourdes où s’allument parfois des scintillements dorés ou des larmes cristallines, tout se conjugue pour amener le spectateur, toujours en quête d’étonnement, dans une dimension onirique où la nature dévoile sa réalité botanique, zoologique et philosophique.

Françoise-Hélène Brou

2011

Texte de M. Christian Buenzod

La peinture de Xavier Cardinaux possède un pouvoir qui s’apparente dans une certaine mesure à celui des icônes, en nous soumettant à un choc qui peut fissurer ne serait-ce qu’imperceptiblement, l’écorce anecdotique de notre personnalité. La violence du geste fait surgir d’un magma de taches indifférenciées des figures emblématiques qui sont les reflets de nos propres monstres, des miroirs offerts à nos masques figés par une vie sans ailleurs. Ses œuvres sont des objets rituels, des aiguiseurs de l’âme.

Les toiles de Xavier Cardinaux sont aussi des surfaces de jouissance où s’épanche la beauté, au-delà de leur aspect dramatique. Leur richesse plastique, bien éloignée des tristes ratiocinations d’un certain art conceptuel offre un espace où peuvent s’ébattre les fantasmes mis en branle par tant d’étreintes, de maternités et de corps offerts à notre contemplation incrédule…

Christian Buenzod 1989

HIBOU_1987

« Le Hibou » 1987, huile sur toile, 140 x 100 cm.

Le Jardin

L’âme est un jardin ; les cinq sens en sont les portes et l’intelligence est là pour les ouvrir.

Mon projet de peintre se situe dans ce jardin.

Pour révéler, libérer ce que désire dire le « jardin », mon « vouloir » et mon « savoir » sont suspendus et je me laisse interroger par la peinture. Je jardine en utilisant la nature, ma propre nature et le chaos comme éléments et matériaux ; les cultures, les styles en sont les engrais.
Nullement l’artisan d’une forme précise ou d’un concept à la mode, j’agis dans la gratuité, sans « utilité » réelle ; je m’adresse à moi-même et me révèle. Je me concentre sur le processus et non le but sans pour autant que la procédure devienne le but en soi, et tout en gardant mon attention sur la joie du toucher.
Peindre me permet de porter un regard neuf sur toute chose de la nature et du monde, y compris sur mon travail quotidien.
Peindre est l’expérience du cycle incessant des renaissances : les mêmes doutes, les mêmes difficultés liées aux frustrations, aux échecs et finalement, les mêmes joies profondes, silencieuses, constitutives, éternelles.
Je fais pour devenir et je deviens ce que je fais.

« A l’image de la nature, le peintre se renouvelle sans cesse et évolue lentement ».

« Lorsqu’un jardinier a une idée précise de ce que doit être une fleur, les trois quarts de son jardin meurent ».

« Les cinq sens sont les portes de l’âme et l’intelligence est là pour les ouvrir ».

Errance

Depuis trente ans, au fil des jours, j’erre en compagnie de mes toiles, couleurs, pinceaux et pixels, à la découverte d’une réalité intérieure. L’énergie singulière qui se dégage de la matière se matérialise dans des motifs à chaque fois renouvelés; elle constitue une présence mystérieuse qui semble suspendre et étendre le temps. Ainsi je jardine. De cette lente, profonde et progressive errance, se découvrent les sentiers et les chemins qui constituent mon jardin. Le temps s’exprime au travers de mon bras.
Et ma peinture n’a de cesse d’explorer et de découvrir des champs nouveaux, sans jamais être de prime abord le résultat d’une volonté exprimée.

Montagne_magique_1993_Xavier_Cardinaux

« La montagne magique » 1993, huile sur toile, 200 x 140 cm.

Biographie

Plasticien, peintre et infographiste genevois, Xavier Cardinaux, né en 1956, s’est forgé un langage à mi-chemin entre figuration et abstraction.

Sa conception de la création, ses intérêts et ses influences sont d’essence classique. Ses sujets se construisent essentiellement autour de deux idées: il s’inspire de la nature pour exprimer sa propre nature et se sert du chaos pour obtenir un instant harmonieux et vivant. Pour X. Cardinaux, « l’harmonie est un moment privilégié du chaos.»

Puisant son inspiration dans la nature et les quatre éléments, il crée des liens presque organiques entre d’étranges floraisons et des silhouettes d’arbres et de bocages, des forêts primitives chaotiques et des espaces de jardins luxuriants, des paysages célestes ou sous-marins.

Il adopte des techniques classiques, comme l’huile sur toile, les encres, la mine de plomb ou l’acrylique, tout en tout en utilisant la vidéo et l’infographie en 2&3 D dans la partie conceptuelle de son expression qui se traduit par des installations axée sur des animations informatiques.

X.Cardinaux entretient une énigmatique relation entre l’expérimentation en matière d’art contemporain et l’exploration de la métaphore plastique qui nous plonge dans la sensibilité du monde vivant ou virtuel, selon.

Tout en pratiquant le dessin et les arts plastiques, il obtient un master en droit et s’intéresse à la gestion. Suite à de nombreux voyages et un long séjour en Italie, il décide, à 30 ans, de se consacrer exclusivement à la peinture. Son parcours atypique fait de lui un artiste singulier qui déploie sa créativité avec une grande liberté. Son sens critique, son éclectisme, son exigence et sa générosité font de lui un plasticien sensible et original.

poussette_X_Cardinaux_1990

« Poussette » 1990, mixte sur papier, 101 x 72 cm.

Curriculum Vitae
Curriculum Vitae English