« LES LARMES » ©

Présentation de l’installation « les larmes » ©

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« Brume », 2006 – 2015, animation 3D, 1080i, séquence 8′ (détail)

Les cinq sens sont les portes de l’âme et l’intelligence sert à les ouvrir.

Créer, c’est unir une réalité extérieure à une réalité intérieure. En quête d’étonnements et d’expérimentations, mon regard se pose sur les mouvements extérieurs et intérieurs de la nature mais aussi ceux de ma nature. Les structures de ces mouvements, à savoir « le motif », initient avec abondance idées, images, et émotions qui se combinent par le biais de techniques diverses – dessin, gravure, peinture, photographie, vidéo et l’infographie en deux et trois dimensions.

Pour joindre ces réalités, le créateur traverse une vallée de difficultés, une mer salée de larmes douces et amères. Virgile dit: « Sunt lacrimae rerum »¹ (les « choses » sont dans les larmes) et « aut possit lacrimis aequare labores »² (pourrait-on par les larmes égaler des souffrances). Les larmes réparent, restaurent, régénèrent, lavent ; elles sont là pour unir ce qui est désuni. Les larmes sont le prix de l’union de l’imaginaire à la réalité, elles éveillent l’intelligence qui ouvre les portes de l’âme.

La création procède d’une maturation intérieure dont les larmes (la persévérance, les doutes, les frustrations, les peurs, les colères, les tristesses, les vaines attentes…) sont le liant. Par ailleurs, elle est subordonnée à l’identité et contrainte par les croyances et les valeurs du créateur.

Créer, c’est accepter de traverser la rivière, de changer de rivage, d’entrer dans l’inconnu, de renoncer à la volonté simple de produire ou de reproduire. Créer, c’est aussi agir en intelligence avec le monde et révéler une part du vouloir profond, empreinte ou signature singulière de tout être. L’énergie de l’œuvre (son esprit) est proportionnelle à toutes les forces contradictoires (matérielles ou immatérielles) rencontrées, surmontées et vaincues. L’harmonie de l’œuvre est un moment privilégié du chaos qui s’installe telle une somme de forces et s’impose comme un dévoilement.

Tous les objets présentés et installés évoquent les larmes et sont créés selon différentes techniques.

L’huile
Une toile de grande taille (allégorie de l’activité créatrice) représente le portrait peint d’un platane taillé, racorni, limité dans l’espace. Sorte d’archétype de l’ordre en enfilade d’un urbanisme moderne et contemporain, il évoque l’être limité par sa culture, soumis à des valeurs et influencé par ses croyances. Finalement, notre liberté comme celle de ces platanes est amoindrie.

"Platane", 1997, huile sur toile, 170 x 190 cm

« Platane », 1997, huile sur toile, 170 x 190 cm

La photographie
Le platane peint se reflète dans un bassin d’eau, posé à même le sol, au fond duquel se trouve la photographie d’un autre platane qui a poussé en toute liberté. Il y a donc le bassin (mer de larmes) dans lequel baigne une partie de la « réalité », et l’objet créé (le platane peint) qui se reflète dans cette « mer de larmes » d’où il sort.
La création est une union entre le matériau nature -ou autre- et le matériau émotion, intelligence et esprit.

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« Platane », 2006, tirage numérique sur aluminium, 170 x 190 cm

La peinture
A la droite du platane et du bassin, contre un mur une toile peinte à l’huile de très petite taille représente une couronne d’épines. Une seule épine, mal comprise ou mal entendue, peut éclencher en un éclair des fleuves de larmes. Les larmes répondent à toute division, elles sont un sésame qui nous libère et nous rend créateur.

Ce petit tableau « Épines » fait face aux « Nuages ».

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« Epines », 2006, huile sur toile, 20 x 20 cm

L’animation 3D
Des nuages dansent inlassablement, la brume s’épaissit et s’éclaircit progressivement avant de disparaître. Les larmes sont contenues et retenues dans les brumes de la raison.

Des feuilles de saule pleureur recouvrent le sol qui fait face à la projection « Nuages ».
Une rivière de larmes.

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Feuilles de saule pleureur

La projection
Pensée, parole, action.
Toute création commence par la pensée se poursuit par les mots et se concrétise dans l’agir. Une lumière projetée dessine des mots. Ces derniers font face au monde créé (les platanes) et relient les larmes (les nuages) à leurs causes (les épines).
Les premières phrases se constituent de mots inachevés, qui s’énoncent de plus en plus clairement pour finir par former des phrases complètes; leur structure est achevée.
L’harmonie est un moment privilégié du chaos!

Les yeux regardent le monde. Les larmes sortent des yeux, coulent le long du visage et lavent notre perception du monde. Une fois les larmes séchées, le regard est aussi clair que les larmes qui l’ont lavé.

Ainsi, l’enveloppe de chaque image en englobe une autre. Cette mise en abîmes et en relations des différentes parties de l’œuvre dépasse sa fonction formaliste pour aboutir à une confrontation entre techniques classiques et contemporaines qui est susceptible d’ouvrir des espaces insoupçonnés.

Inventaire :
« Le platane », huile sur toile 1997 190 x 170 cm.
« les épines », huile sur toile 2005 20 x 20 cm.
« Le platane », photographie 2005 190 x 170 cm.
Bassin d’eau (contenant la photographie), 190 x 170 x 7 cm.
« Lacrimae » projection de texte sur plafond – appareil projecteur –
« Nuages » projection HD 1280 x 720 pixels (environ 530 x 300 cm) -appareil projecteur –

¹ Virgile, L’Énéide I, v. 462.
² Id., L’Énéide II, v. 362.

Copyright: © Xavier Cardinaux, 2006,  Genève